Quand tu cherches, tu trouves… !

Lors du dernier week-end de mars, je devais faire 5 heures de route depuis Chamonix pour une séance de shooting. L’idée était d’aller faire des photos même si le temps était mauvais. Mais les prévisions étaient si mauvaises que vous aviez juste envie de courir vous réfugier sous la couette. Le plan A a donc été annulé… Et moi je n’avais pas envie d’aller me cacher sous une masse moelleuse et chaude.

Mes affaires étaient déjà prêtes dans la voiture et l’alarme branchée… il ne me restait plus qu’à trouver un plan B et quelqu’un pour m’accompagner… Quelques échanges de messages plus tard, Ross Hewitt préparait ses affaires et je devais passer le prendre à 4:45 ! Le seul endroit des Alpes où la météo paraissait clémente pour quelques jours était les Dolomites. Alors on a mis le cap là-bas.

Les kilomètres ont défilé plein est, vers le lever du jour. Je voulais retourner à Canale Burreloni (couloir Burreloni,NDLR) , une des perles de San Martino di Castrozza à Passo Rolle. Comparé à l’an passé, les Dolomites n’ont pas de neige, mais par rapport à l’état général des Alpes, elles ne sont pas si mal loties. Et puis avec ce grand beau temps, nous étions plein d’énergie pour tenter de skier le Canale. Et nous allions en avoir besoin pour remonter le couloir en peau et à pied sur 1200 mètres après 545 kilomètres de route…

Ross n’avait aucune idée de notre destination, mais je lui avais promis que si nous trouvions une neige de printemps décente, ce serait la fête à la descente. Après avoir skié depuis Passo Rolle dans une neige fraîche, nous étions à pied d’oeuvre.

Il y avait beaucoup plus de neige que prévu. Nous avons ainsi pu observer l’énorme cône d’une avalanche qui avait dégorgé du couloir après la dernière chute. Le vent soufflait en trombe sur les crêtes sommitales, nous allions devoir être très attentif aux accumulations de neige…

Nous avons vraiment brassé à la montée et Ross regrettait d’avoir laissé sa paire de spanking paddles à la maison (sorte de mini-raquettes que l’on fixe sur les chaussures de ski et qui permettent de garder les crampons). Le truc avec un ingénieur de formation comme compagnon de ski, c’est que tu apprends plein de détails. Ces spanking paddles en font partie et j’ai désormais le modèle pour m’en fabriquer une paire.

À mesure de notre progression, la neige s’est faite plus compacte et nous savions que nous pourrions bientôt profiter de la descente. En dépit de l’effort, cela faisait du bien de brasser dans cette neige froide et profonde. C’était comme si l’hiver était de retour !

Les premiers virages après une belle montée dans un couloir raide sont toujours curieux. Sentir comment la neige réagit sous les skis, la force que l’on doit exercer sur les jambes, l’esprit totalement concentré, donner les ordres de sauter et de tourner. La même routine qui varie invariablement à chaque virage. J’en ai toujours des papillons dans l’estomac !

La signature la plus éphémère que l’on puisse laisser sur une montagne. Mais aussi celle pour laquelle on doit être le plus reconnaissant…
Sur le bas de la pente, l’évasement nous a permis de passer en mode freeride jusqu’en fond de vallée. Et le printemps fit son retour sous le soleil au moment de remonter en peau jusqu’à Passo Rolle pour retrouver la voiture.
Heureux et fatigués, nous avons repris la route jusqu’à Canazei pour retrouver des amis et apprécier une bonne rasade de bières délicieuses.

Le lendemain, nous sommes passés à l’heure d’été… Ce changement-là est toujours cruel. Une précieuse heure de sommeil perdu, ou deux, quand votre ami en charge du réveil s’emmêle dans les horaires. Difficile à comprendre quand tout est supposé être automatique de nos jours… Quoi qu’il en soit, cette journée paraissait merveilleuse pour une virée dans la région de Cortina.
Ross et moi-même n’avions jamais skié le massif de Cristallo. Pour cette découverte, nous étions accompagnés de nos amis Tommy Cardelli et Cristian Dallapozza, guides de Canazei, forts skieurs et toujours motivés. Il n’y avait pas de vent, le petit télésiège semblait déserté et nous avons donc décidé de partir skier le Canale Vallençant.
D’après la légende, la première du couloir a été réalisé par un prêtre de la région. Peut-être qu’il était parti planter une croix au sommet de l’arête et qu’il a décidé de redescendre à ski pour profiter de la descente. Sans vouloir manquer de respect, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant aux virages en soutane dans ce couloir raide et effilé.
Skier le couloir Vallençant est un vieux rêve et je savais que j’allais encore avoir des papillons dans l’estomac.

Pour rejoindre le canale, il faut suivre une via ferrata le long de la crête. Rien de tel pour bien se réveiller !

L’entrée de cette perle de Cristallo est sur la gauche. Une neige parfaite, froide et douce ; il y avait même de la poudre au menu !
Les photos sont plus parlantes…

Le massif de Cristallo à Cortina de Ampezzo offre un grand potentiel pour le ski de couloir avec des inclinaisons variables. Le couloir Vallençant se situe dans la moyenne et les autres sont tout aussi magnifiques.
Le temps commençait à virer dans l’après-midi mais nous avons eu le temps d’attraper l’une des dernières bennes pour aller jeter un œil à Buz di Tofana. C’est une pente orientée sud, parfaite pour le printemps et le panorama est absolument magnifique ! D’ailleurs comme la neige avait eu le temps de transformer et de durcir en surface, tout le plaisir s’est concentré sur la vue avant que celle-ci ne disparaisse dans les nuages.

Le jour d’après fut à nouveau venté avec des nuages d’altitude arrivant à pleine vitesse. Je pensais randonner dans le massif du Sass Pordoi, mais l’orientation sur ce haut plateau nécessite une bonne visibilité. Nous avons finalement opté pour la face nord du Marmolada. Après avoir pris nos billets pour la remontée en panier de Pian dei Fiacconi et être passé saluer Guido au refuge, il a fallu remettre les peaux. J’avais les jambes courbaturées des jours précédents, mais on a vite repris le rythme. Tommy nous a rejoints en traversant depuis le sommet de l’arrivée du téléphérique de Marmolada et nous avons gravi la dernière pente pour rejoindre le sommet de Punta Penia. Le vent hurlait au sommet et nous avions du mal à tenir debout. L’hiver était effectivement de retour ! Une blancheur arctique comme je les aime. La neige était meilleure que prévu et nous avons réussi à nous frayer un chemin à travers la face nord-ouest du Marmolada en évitant les plaques de glace sur les dalles de calcaire. Tommy connaît son jardin par cœur et c’était génial de le voir nous guider avec un tel plaisir. C’est une question de passion et le ski en est l’un des vecteurs.

Texte : Minna Riihimaki
Photos : Ross Hewitt, Tommy Cardelli, Minna Riihimaki