Moqueurs d’altitude

Aiguille du Midi, mai 2016, attente et globules au menu des enfants du paradis. Les âmes s’allègent et l’être s’affranchit du monde comptable. Des amours épris de rêveries virevoltent dans le grand nid de béton. Ils chantent leur soif d’une fiction céleste, d’un monde sans entregent où les ailes se déploieraient grandes et libres à l’envergure sans limite. Loin, là-haut, planant dans des atmosphères proches du soleil, à travers le brouillard d’une quête éperdue de descente verticale qui les ramènera forcément vers la surface hideuse de ce qu’ils fuient.

Coincés dans leur liberté comme des oiseaux dans une cage aux barreaux couleur ciel, les voilà qui pressentent la fin de l’hiver et l’âpre retour du désenchantement. Avec lui les routes goudronnées, la propreté lisse et le scintillement des choses sans vie. Avec lui l’image dont ils voudraient s’affranchir et qui leur colle aux plumes comme du goudron échappé d’un pétrolier déversant sa nappe sur l’azur doré.

J’aime n’a plus aucun amour sur les écrans qui dévorent, mais il demeure l’instant du feu sacré où le moi disparaît dans les nuages, se riant des inquiétudes terrestres et du corps trompeur.

Alors nous entendrons encore une fois le chant des oiseaux moqueurs dans l’atmosphère délicate des cristaux de neige pure et un sourire énigmatique qu’aucun clic ne saurait retranscrire se dessinera loin de leur propre miroir et du regard des autres.

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Photo : Cédric Bernardini Crow : Minna Riihimaki