Michelle Parker. La panthère aux taches multicolores

La skieuse californienne récemment passée chez les corbeaux est un personnage haut en couleur. Nous avons profité de sa pause printanière pour lui poser quelques questions sur le ski, ses plaisirs, sa vie.

 

IMG_0654Michelle Parker, un nom qui résonne comme un éclat de joie dans l’univers du ski. Égérie des productions MSP, soit Matchstick Ski Productions, légendaire pourvoyeur de vidéo de ski depuis des temps bientôt immémoriaux, cette skieuse au tempérament de feu est l’une des personnalités les plus emblématiques des productions nord-américaines. Et tandis que black crows fait son nid de l’autre côté de l’Atlantique, l’arrivée de Michelle en tant qu’ambassadrice est ce que l’on pourrait appeler un vecteur circonstanciel convergeant. Mais au-delà de rudiments de marketings poétiques, les corbeaux sont surtout très heureux de voir s’envoler en leur compagnie une grande skieuse qui vit simplement pour sa passion, celle de glisser sur la neige et de sublimer la vie.

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black crows : D’où te vient le surnom de panthère noire ?

 

Michelle : Ma voiture est noire est mon animal favori est la panthère. J’ai pris ce surnom lors d’un trip avec Chris Benchetler et Eric Pollard. On avait choisi des pseudos pour les contacts radio en fonction de la couleur de nos voitures et de notre animal favori. Il y a aussi une bonne bande d’animaux ici à Tahoe qui ont des pseudos de radio. C’est assez joyeux, mais mon surnom s’est surtout imposé sur le devant de la scène quand Red Bull et MSP ont intitulé un de mes segments « black panther ».

 

black crows : Maintenant que tu es chez black crows, tu y vois une sorte d’analogie ?

 

Michelle : Ah ! Les panthères sont des animaux furtifs. Rapides et curieux. Sur mes skis, c’est ce que je ressens, comme s’il s’agissait d’une extension de mon corps. Cela colle donc parfaitement avec mes skis black crows qui sont incroyablement joueurs et précis. Je suis absolument ravie de leur technologie panthère et de leurs capacités montagnardes.

 

black crows : quels modèles ont ta préférence ?

 

Michèle : Les atris birdie sont mes skis préférés au monde ! C’est la première fois que j’utilise un modèle spécifiquement féminins qui fait vraiment le job. Ils sont plus légers que leur avatar masculin, mais au contraire de la plupart des skis pour femmes, ils ont du répondant et demeurent solides sous le pied. Je les mets dans mon carquois car si je dois partir avec une seule paire sans savoir quelles seront les conditions, c’est le modèle que je prends.

 

J’ai aussi essayé les anima en Alaska. J’ai voulu prendre un plus grand ski pour ce relief et j’ai été comblé par ses performances. C’est un ski solide mais qui reste joueur, donc vraiment il déchire. C’est un ski dans lequel je peux avoir confiance dans n’importe quelle condition. Et comme ils ne sont pas trop lourds, je les ai pris en 182 et je me suis enflammée !

 

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black crows : Comment s’est passée ta saison ?

 

Michelle : Avec le manque de neige en Amérique du Nord, ce fut un début l’hiver relativement engourdi. J’ai passé un peu de temps à Golden Alpine Holidays avec MSP (Colombie Britannique, Canada, NDLR), mais la température s’est réchauffée dès notre arrivée. Comme on n’a pu shooter, on a fait des tonnes de randonnées et je suis reparti en forme olympique. Après, direction le Japon où j’ai passé un séjour magnifique à explorer le pays aussi bien sur l’île principale que sur l’île septentrionale. Et là, il y avait de la poudre ! Ensuite, je suis revenue une semaine à Tahoe avant de me rendre en Alaska. Là-bas, c’était plein tube. Passer directement à l’Alaska après un début de saison à skier des reliefs tranquilles est assez brutal. Mais après quelques jours de ski, la confiance est revenue. C’était génial car je n’avais jamais ressenti une telle sensation lors de mes deux précédents séjours là-bas. La saison s’est donc terminée sur une note positive.

 

black crows : est-ce qu’il y a un truc qui t’a particulièrement marqué ?

 

Michelle : J’ai eu la chance de passer du temps en montagne avec deux autres filles, Tatum Monod et Lexi Dupont. Skier avec des filles au cœur des montagnes m’a vraiment ouvert les yeux. Au-delà de l’amitié, cela m’a permis de prendre confiance en moi. L’état d’esprit, l’enthousiasme, la flamme et l’exaltation ont été contagieux. Un très beau moment.

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black crows : et après, tu as rangé les skis ?

 

Michelle : non, ensuite je me suis mis la caisse à la maison afin de partir skier le volcan équatorien Cotopaxi avec des amis de Tahoe en juillet. Adrian Ballinger, propriétaire de Alpenglow Expéditions, m’a invité avec d’autres skieurs et amis à rejoindre un groupe de clients. C’était la première fois que je tentais de gravir et de skier un sommet de haute altitude et ce fut une expérience incroyable. On ne sait jamais comment son corps va réagir à l’altitude, mais j’ai bien réagi. On a affronté l’une des pires météos que j’ai jamais vécue en montagne avec de la pluie, de la neige et des vents si violents qu’on a été obligé de se mettre à quatre pattes pour atteindre le sommet.

 

Mais on a finalement décidé de faire demi-tour à une centaine de mètres sous le sommet à cause du vent. Avec les skis sur le dos, couverts de glace, on est redescendu sans faire un virage mais on avait quand même la banane. Avec mon pote Jim Morrison, on a ensuite chaussé aux alentours de 5200 mètres pour nous offrir une magnifique descente. Et puis on avait aussi dessiné quelques belles courbes sur le volcan Cayambe le jour précédent. C’était vraiment une super expérience qui me servira de tremplin pour l’évolution de mon ski et la découverte de nouveaux horizons.

 

Ensuite, je suis allé à Chamonix pour la première fois où j’ai eu la chance de rencontrer toute la famille black crows. La vallée est vraiment un endroit spectaculaire qui m’a subjugué. Et puis j’ai aussi skié deux semaines à Bariloche en Argentine et je suis rentré à la maison, à Tahoe.

 

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black crows : Décris-nous ton environnement.

 

Michelle : J’ai grandi à Squaw Valley, mais maintenant, j’habite à Tahoe City. Je suis en colocation avec des amis. Ce sens de la communauté et ce lien d’amitié sont incomparables. Je me sens vraiment chanceuse d’avoir pu grandir dans un tel environnement avec des montagnes à perte de vue comme aire de jeu. Le ski, la grimpe et le vélo occupent la plupart de mon temps quand je suis ici. Et comme la Californie est très ensoleillée, j’en profite un maximum !

 

black crows : Quel genre de personne es-tu ? Plutôt relax ou active ?

 

Michelle : Je ne peux pas rester sans rien faire très longtemps. Comme j’adore bouger et faire le plus d’activité possible, je n’ai pas trop le temps de me relaxer. Et puis j’ai tendance à toujours dire oui et souvent je me retrouve en surchauffe. J’habite à environ un pâté de maison d’un parcours qui permet de courir ou de faire du VTT. Il y a deux adorables chiens à la maison et j’adore courir et rouler avec eux ! Mes trois colocataires qui sont aussi mes meilleurs amis sont aussi super actifs. C’est génial de rentrer à la maison pour retrouver des amis toujours partants pour faire quelque chose.

 

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black crows : Quel est ton programme pendant la saison d’été ?

 

Michelle : Je voyage pas mal pour différents événements et je pars environ un mois aux alentours du mois d’août comme entraîneur sur le camp d’été SASS Global Travel en Argentine. À la maison, je passe aussi beaucoup de temps avec ma famille. C’est génial de pouvoir faire des randonnées avec ma mère ou du golf avec mon père. Sinon j’adore cuisiner, aller au marché local et partir découvrir de nouvelles choses aux alentours de Tahoe. Il y a tant à explorer par ici !

 

 

black crows : Tu viens d’une famille de skieurs ?

 

Michelle : Mes parents sont tous deux passionnés de ski. Ma mère en particulier skie quasiment chaque jour. À la pause déjeuner, elle file se faire au moins une piste. C’est vraiment une passion que l’on partage. Mon père est un super bon skieur, mais je dois faire gaffe car il essaye toujours de suivre mon rythme. Là, il vient de se faire poser deux nouveaux genoux alors j’espère pouvoir passer encore plus de temps avec lui sur les planches la saison prochaine. Quant à mon frère, c’est un lien qui nous a toujours unis et j’ai vécu des moments mémorables avec lui.

 

black crows : Quel a été ton parcours dans le ski ?

 

Michelle : J’ai d’abord fait de l’alpin à Squaw Valley, puis à 15 ans, j’ai commencé à faire des compétitions en slopestyle et half-pipe. C’est d’ailleurs dans le freestyle que j’ai eu mes premiers contrats. Durant toute mon enfance, j’ai adoré partir en montagne. Squaw était un lieu rêvé pour grandir avec tous ces skieurs de classe mondiale que je pouvais poursuivre dans la station. J’ai passé une grande partie de ma jeunesse à skier. L’alpin m’a appris les bases techniques et j’ai pu construire à partir de là.

 

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black crows : Quand as-tu pris conscience que tu pourrais vivre du ski ?

 

Michelle : Un jour que je skiais, un gars m’a approché et m’a glissé une carte de visite. C’était Jason Leventhal, le fondateur et propriétaire de Line. Il a été mon premier sponsor et m’a mis sur les rails de ma première compétition de slopestyle. C’était l’US Open et j’avais alors 16 ans. Tout a commencé à partir de là et j’ai plongé parce que c’était le truc le plus passionnant qui soit. Et ça l’est toujours, aucun doute là-dessus.

 

black crows : Et comment as-tu réussi ?

 

Michelle : Je me suis accrochée. Mon amour pour le ski n’a fait que croître depuis le premier jour. Je trouve sans cesse de nouveaux challenges et de nouveaux objectifs. Il y a tant à explorer dans le monde sur des skis. Cela dit, je suis consciente de la chance que j’ai d’avoir pu en faire mon travail depuis plus de dix ans.

 

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black crows : Est-ce que tu te concentres exclusivement au ski ou est-ce que tu as d’autres boulots ?

 

Michelle : Le ski est mon unique travail, mais c’est un travail qui s’étend à de nombreux domaines de ma vie. C’est un travail à temps plein sur toute l’année.

 

black crows : En tant que personne vivant au cœur de la nature, est-ce que tu as à cœur de la défendre ?

 

Michelle : J’interpelle les sénateurs et les officiels pour qu’ils mettent en place une taxe carbone et soutiennent les énergies propres. Je pense que c’est le moyen le plus efficace de faire bouger les lignes. Je mène une vie très consciencieuse ici à Tahoe et, quand je suis en voyage, je suis très attentive à ce que je fais. Je cherche toujours à conserver plutôt qu’à consommer. Évidemment, je voyage beaucoup, alors pour compenser, j’achète régulièrement du crédit carbone et je soutiens des initiatives écologiques. Et puis j’utilise ma voix sans distinction, qu’il s’agisse de faire passer le message.

 

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black crows : Quand tu shootes, comment prépares-tu le choix de tes lignes?

 

Michelle : Je cherche avant tout quelque chose qui m’éclate. Je pars du bas et puis je remonte. Quelles sont mes échappatoires ? Est-ce que c’est exposé ? Comment puis-je me protéger ? Ensuite, je fais une photo, je vais au sommet, je prends des points de repère et… zou.

 

black crows : Comment est-ce que tu définirais ta manière de skier ?

 

Michelle : J’aime aller vite, sauter des barres et jouer avec le relief.

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black crows : Est-ce que tu as l’impression que ton ski évolue ou progresse ?

 

Michelle : Oui, chaque année j’accumule de l’expérience grâce aux montagnes et aux personnes qui m’entourent. J’ai toujours la volonté de progresser quand je passe du temps en montagne, et j’adore ce sentiment. C’est magnifique de terminer une journée de ski avec l’impression d’avoir accompli quelque chose.

 

black crows : qu’est-ce que le ski représente pour toi ?

 

Michelle : Le ski est ma grande passion. Il me donne de l’énergie, me rend heureuse et libre. C’est une activité qui me permet d’être totalement dans le moment et c’est là que je me sens le plus concentré. C’est comme de la méditation active. Quand j’y pense, c’est la chose la plus joyeuse que je puisse faire. Le ski m’a permis de visiter des endroits incroyables et a façonné mon mode de vie. Les montagnes et les gens que j’ai rencontrés à travers le ski ont eu un grand impact sur la personne que je suis.

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black crows : Avec internet, les POV, les épisodes web, la vidéo de ski a beaucoup évolué ces dernières années, quelle est ton opinion sur cette mutation ?

Michelle : Les gens sont tellement impatients de produire des épisodes web et de réaliser des vidéos… Cela me donne l’impression que les choses vont parfois trop vite. Je pense qu’il est vraiment crucial de prendre son temps quand il s’agit de manteau neigeux et de montagne. Et bien que la POV et internet aient permis de faire de très belles choses, je demeure une grande adepte des productions annuelles. Regarder un segment sur un téléphone n’a rien à voir avec une avant-première, quand on rencontre les athlètes et qu’on regarde un film sur grand écran.

black crows : Est-ce que parfois tu changes de perspective et commences à utiliser un appareil photo ou une caméra ?

Michelle : J’adore la photo et je prends beaucoup de clichés de mes compagnons quand on part en tournage. J’adore publier les beaux moments passés en montagne. C’est un processus créatif auquel je prends beaucoup de plaisir, mais je n’ai pas trop la patience de la sélection.

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black crows : Est-ce que tu as continué tes études ? Est-ce que tu as d’autres passions ?

Michelle : J’adore apprendre. J’ai suivi pas mal de cours à l’université, mais toujours pour les connaissances, jamais pour les examens. J’aime lire et approfondir les sujets qui m’intéressent. L’humilité est à mon sens l’une des plus grandes qualités de l’Homme, alors il faut savoir écouter, qu’il s’agisse de la montagne, des lectures ou de l’école. C’est très important pour moi.

black crows : Est-ce que tu as déjà des envies sur ce que tu aimerais faire après le ski ?

Michelle : J’y pense tout le temps et c’est très excitant. Tout est possible ! Bien sûr, j’aime tant le ski et il m’a tant donné que j’aimerais rester lier à son univers d’une manière ou d’une autre, mais il y a tant de choses que j’aimerais faire dans cette vie et mes passions grandissent et se transforment tellement. En tout cas, c’est une perspective magnifique.