la triple couronne à ski – épisode 2 : la face ouest du mont-Blanc

au printemps dernier, ross hewitt s’est associé à plusieurs skieurs pour enchaîner une superbe trilogie dans les alpes du nord : éperon de la brenva, face ouest du mont-blanc et face est du cervin. une épopée de dix jours racontée et illustrée par l’instigateur lui-même et publiée en trois épisodes.

La face ouest

Trois jours après la Brenva, nous étions de retour au refuge des Cosmiques. À nouveau mon réveil sonna à une heure impossible. Cependant, la galaxie scintillante qui accueilli mon regard dans le ciel nocturne fit grimper mon enthousiasme en flèche. Le silence enveloppait nos derniers préparatifs. La maigre ration composée de deux tranches de pain nappée de Nutella et d’un café semblait peu adaptée aux 6 000 calories que réclamait cette journée. Cependant, après avoir découvert que la machine à jus échappait à la surveillance des gardiens, nous bûmes notre lot de jus d’orange pour combler le déficit. Je sortis dans la fraîcheur des prémices de l’aube, suivi de quelques-uns des meilleurs skieurs que vous puissiez imaginer sévir sous le radar : Mikko Heimonen, Jesper Petterson et le skieur journaliste Guilhem Martin Saint Leon.

Pour les quelques heures à venir, il fallait surtout courir après l’horaire, évitant les pauses superflues et avalant nourriture et boisson en cadence. À mesure que nous progressions sur le Tacul, l’énorme pic glaciaire (4,248 m) qui domine le premier plan de l’aiguille du Midi, le vent se leva, faisant chuter la température et transformant notre aventure en une quête hostile. Au col du Maudit, la neige cinglante soulevée par le vent eut raison de nos dernières réserves de vêtements.

Jesper Petersson sur la face ouest. Photo©Ross Hewitt

Jesper Petersson on the west face. Photo ©Ross Hewitt

Souffrant en silence, il nous fallait lutter contre l’altitude et le gel de nos extrémités. Dès l’arrivée au sommet, on se précipita côté italien pour échapper aux rafales venues du nord. Mikko résuma notre sentiment en une formule délicate : « ça mérite la palme de la pire journée de la saison ». Néanmoins, on reprit rapidement foi devant les promesses de cette face ouest qui s’ouvrait devant nous.

On eut d’abord droit à quelques virages frappés glacés avant de trouver de la bonne neige le long d’un contrefort une centaine de mètres plus bas. À nos pieds s’ouvrait une magnifique pente sur le flanc de la plus haute crête du vieux continent.

Afin de pouvoir traverser avec un minimum de sérénité le glacier qui nous attendait 2 000 mètres plus bas, nous étions tous à l’œuvre, maintenant une cadence où l’on sent le sang monter au visage.

skis : navis freebird Ross Hewitt sur la face ouest. Photo©Guilhem Martin Saint Leon

skis : navis freebird
Ross Hewitt sur la face ouest. Photo©Guilhem Martin Saint Leon

Une courte traversée à flanc de rocher nous mena vers la face sud où nous attendait un couloir filant à 50 degrés sur un bon millier de mètres. La tension baissait avec l’exposition, nous permettant de profiter d’une bonne neige homogène jusqu’à la vire inférieure. Nous étions bien réchauffés et il était temps de marquer une pause pour nous dévêtir. Au moment de passer la rimaye, nous avions enchaîné une heure et demie à grande cadence mais demeurions toujours au-dessus du sommet du petit mont-Blanc à 3 424 mètres.

Mikko Heimonen on the lower section of the West Face. Photo ©Ross Hewitt

Mikko Heimonen sur la partie terminale de la face ouest. Photo ©Ross Hewitt

À partir de là, il fallait remonter en peau jusqu’à l’ancien bivouac Quintino Sella puis skier le couloir Saudan en face ouest jusqu’au glacier du Dôme. Nous étions parfaitement dans les temps et les 600 mètres de couloir furent avalés en cinq minutes dans une magnifique neige printanière crémeuse. Le glacier du Dôme constituait la grande incertitude de cette aventure, mais après nous être encordé, la crainte s’estompa rapidement et la traversée fut pliée en quelques minutes. Il ne nous restait alors plus que quelques heures d’effort pour rejoindre la route où un ami devait venir nous chercher.

skis model : navis freebird Guilhem and Jesper at the roadhead after a 15 hour day. Photo: Ross Hewitt

skis : navis freebird
Guilhem et Jesper au bout de la route après une journée de 15 heures. Photo : Ross Hewitt