Face nord du Breithorn, un gros suisse.

La pente est un plat qui peut se manger tiède, quand les nuits sont froides et que la neige se contracte. On peut alors surveiller minutieusement la cuisson du manteau neigeux au soleil estival.

Le soleil ouvre la cime du Breithorn

Le soleil ouvre la cime du Breithorn

Le crow Erik Bittel et son compagnon du jour, le snowboarder Vasco Coutinho, ont profité des bonnes conditions saisonnières pour s’engager sur la face nord du Breithorn. Un itinéraire prestigieux et une descente engagée où il faut naviguer entre les séracs et ne pas s’éterniser. Voici une petite vidéo réalisée par Erik, suivi, d’une rencontre avec le protagoniste pour en connaître davantage sur cette aventure et son parcours.

Erik s'apprête à aller tester le manteau neigeux

Erik s’apprête à aller tester le manteau neigeux

Jeune skieur de Zermatt équipé par black crows depuis 2013, Erik s’est d’abord formé à l’alpin avant de répondre au goût du large. Il a ensuite bénéficié des conseils du guide Simon Anthamatten pour découvrir des itinéraires de haute montagne et commencer son apprentissage de la pente raide. “J’ai commencé à faire du freeride par passion et pour le sentiment de liberté que ça m’apportait. J’ai fait beaucoup de descentes et de journées rando en solo. Ensuite j’ai rencontré Simon Anthamatten avec qui j’ai fait mes premières descentes freeride extrême. Il m’a fait partager sa passion et son expérience et m’a donné les outils et la motivation pour m’impliquer à fond.” Alternant ses études de finance à Genève et de nombreuses journées de ski, Erik progresse par étape. Dans sa quête de nouveaux défis, il a un jour aperçu les traces du snowboarder Lucas Pondolfi sur la face nord du Breithorn. Impressionné, il a tout de suite étudié la possibilité de réaliser un tel itinéraire et s’est accroché à l’idée en dépit de plusieurs tentatives avortées. « Il y a quelques années, je ne savais même pas que c’était possible de skier le Breithorn et un jour, en 2013, mi-juin, j’ai vu les traces de Lukas Pandolfi. L’année dernière, mes deux tentatives ont tourné à l’échec et cette année, nous avons essayé à 3 reprises, mais les conditions étaient trop changeantes.”

 Erik et Vasco à l'approche de la section en glace (les petits points au milieu de la face).

Erik et Vasco à l’approche de la section en glace (les petits points au milieu de la face).

Le 23 juin dernier, les conditions idéales poussent Erik à partir inspecter la face.“Je suis monté au Gornergrat, à 3 000 m pour aller prendre des photos et me familiariser au mieux avec la face. Une bonne préparation mentale. Je n’avais jamais vu le rappel dans de si bonnes conditions. Le seul problème, c’est que la température car le 0 thermique se situait vers 4 500 m. La neige allait difficilement geler la nuit et se transformer. C’était donc un pari 50-50.” Avec son compagnon Vasco, gérant du magasin Salewa de Zermatt, ils décident d’aller tester la pente et, après une courte nuit au Klein Matterhorn, ils gravissent la face sud pour atteindre le sommet. “La neige avait vraisemblablement gelé le soir, et était sur le point d’être transformé. Je suis donc descendu en rappel depuis le sommet sur 30-40 m pour tester la neige. Depuis le sommet, la vue est spectaculaire. La face nord est bombée et on ne peut pas voir la face. C’est l’une des grandes difficultés de cette ligne, la navigation au jugé. La neige était toujours trop froide alors nous avons attendu 30 minutes pour commencer la descente aux alentours de 9 h 30. Le couloir à 55° était en parfaite condition et la descente s’est parfaitement déroulée.” Les deux compères ont vécu sans encombres tous les ingrédients d’une belle journée en montagne. Redescendu sur terre, Erik a rendu hommage à son compagnon de cordée du jour pour avoir ouvert la voie. “Avant cette descente, nous ne nous connaissions pas très bien, mais nous avions un but en commun et nous avions tous les deux réalisés des descentes engagées dans le secteur. Son attitude en montagne est exemplaire, même si en pente raide tu fais du solo, la confiance réside dans l’entente et le partage de la cordée. Un sourire, un regard, un encouragement apporte beaucoup dans la réalisation d’une telle aventure.”

Rappel dans la section en glace skis: navis freebird

Rappel dans la section en glace
skis: navis freebird

La face plein cadre

La face plein cadre

Triftjigrat ou face nord du Breithorn, 4164 m;
Descente : 1200m; TD+ ; 5.4/ E4 ; 24.06.2016

Le plaisir d'une belle journée en montagne

Le plaisir d’une belle journée en montagne