Callum Pettit : traqueur de liberté

Nouveau venu chez les crows, Callum Pettit s’écrit avec deux L pour la légèreté et deux T comme deux planches sous les pieds.

Natif du Québec, c’est dans les montagnes de Whistler que le jeune Callum a fait son apprentissage du ski libre et sauvage. Un relief propice à l’imagination où les lignes du backcountry ont forgé, au-delà de la force dynamique de son style, une inventivité toute personnelle. Dans cet environnement dense et variable, il a développé une lecture qui, lorsqu’elle est saisie par une caméra, donne l’apparence de la facilité. Cette aisance illusoire dans l’exécution de lignes intraitables est la signature de Callum. Un instinct créatif que son frère Sean, autre grande star du freeski nord-américain, décrit comme le reflet de son caractère : « ce qu’il y a de drôle à propos de Callum, c’est que sa personnalité reflète directement son ski. C’est un gars indomptable et exalté et je dirais la même chose de son ski. » Rencontre avec un gars aussi humble dans la vie que radical et mélodieux sur des skis.

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C’est à Pemberton, village de Colombie-Britannique situé au nord de Whistler que Callum s’est installé. Il y a acheté une maison qu’il retape en attendant l’hiver. C’est là, tranquillement installé dans son canapé, qu’il nous a reçus en ligne directe via des câbles sous-marins en fibre optique. Autour de lui, on peut distinguer les travaux de rénovation en cours tandis qu’il évoque sa saison riche en voyages et en aventures. Tournage avec Super Proof – la société de production montée par son frère Sean – au Canada, Italie et Alaska, tournage avec son sponsor The North Face en Sibérie et dans le Yukon, deuxième participation à la Skiers Cup, nouveau partenariat avec black crows… Une saison sur les chapeaux de roue dont deux mois passés en voyage entre Chamonix et Vladivostok. « Quand tu voyages si loin, autant rester longtemps, et puis c’est toujours mieux quand tu sais qu’il n’y a pas de bonnes conditions à la maison. »

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Après un début de saison à ne pas s’apitoyer sur l’espoir de perturbations capricieuses, skiant aux alentours de son camp de base et filmant pour Super Proof, il a pris la direction de l’Europe. D’abord l’Italie, avec son frère Sean pour une nouvelle session Super Proof  puis Zermatt, pour participer à sa deuxième Skiers Cup, la première sans son capitaine JP Auclair, emporté par une avalanche avec Andreas Fransson en septembre 2014 sur le Mont San Lorenzo à la frontière chilo-argentine. « J’ai eu la chance d’être invité par JP l’an passé, quand il était capitaine et j’ai pu partager de super moments avec lui. Je crois que nous pouvions tous nous considérer comme des amis de JP. Il a inspiré tant de gens et il était tellement sympa. Dans un sens, il était là, avec nous, veillant sur nous. C’était super de se retrouver avec les potes et de skier ensemble. Il nous manque cruellement. »

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Skieur orienté vers les tournages, Callum accepte parfois de se prêter au jeu du ski jugé. « Quand il y a ce genre de compétition et que je suis invité et libre, j’y vais. J’ai par exemple participé au Cold Rush à deux reprises. Ce n’est pas non plus un truc que je recherche, mais d’une part je pense que ce genre de compétition est bénéfique pour notre sport et, d’autre part, j’aime faire des choses différentes. C’est une des beautés du ski, pouvoir découvrir d’autres lieux et faire des choses différentes. C’est la seconde fois que je participe à ce super événement et c’est une bonne manière de retrouver des potes que tu ne vois pas souvent. Et puis ce type format permet une réelle proximité avec ton équipe. Tu ne sens pas trop de pression parce que justement, elle est absorbée par l’équipe. »

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Il a ensuite rejoint Chamonix pour rencontrer les dirigeants de black crows. Une réunion qui a débouché sur son arrivée dans l’escadrille. Après avoir célébré ce moment historique dans un night-club de la ville – rite initiatique obligatoire de la marque – il est reparti avec une paire de anima pour l’accompagner à l’extrême est de la Russie. Un voyage organisé par The North Face le long de la ligne du Transsibérien reliant Vladivostok et Moscou. Une aventure qu’il a vécue en compagnie des États-Uniens Ingrid Backstrom et Nick Martiny, des frangins Russes Alex et Andre Glazunov, ainsi que des cameramans et photographes Leo Hoorn et Mason Mashon de Sherpas Cinemas. « Froid, sombre, abandonné, somnolent, magnifique, manteaux de fourrure, borscht, ballet, » voilà les termes qui lui viennent à l’esprit quand il se rappelle ce voyage en extrême orient.

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« Il n’y a pas de très hautes montagnes en Sibérie. Ce qu’on observait depuis le train était plat et sec avec des villages désolés le long de la voie. Après trois jours de train, on a fait un premier arrêt à Irkutsk et loué un minibus pour rejoindre les montagnes situées à 4 heures de là. Finalement, on est arrivé à la station de Gora Sobolinaya, près de la ville de Baykalsk, au bord du lac Baikal. Un relief magnifique qui rappelle les montagnes de Colombie-Britannique. Après une semaine sur place, on a repris la route et le train pour la gare de Novosibirsk et la station de Sheregesh, la plus grande station de Sibérie. On a même croisé des freeriders et j’ai apperçu quelques paires de skis black crows. L’anecdocte par rapport à cette station est qu’elle détient le record du monde de personnes skiant en maillot de bain. Bref, il y a eu d’énormes chutes de neige pendant notre séjour et on a skié la meilleur poudre de l’année ». (Vous pouvez découvrir cette aventure en multimédia sur le site de Powder magazine).

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Après 15 jours de trip, dont 7 passés dans le train à boire et à manger en regardant la plaine, Callum est revenu à Chamonix pour avaler autre chose que de la vodka et récupérer une paire de nocta air avant de partir pour shooter avec Giro en Suisse. “En Russie, j’avais emporté le anima en 181 pour la randonnée. En dépit de sa taille un peu courte, je me suis vraiment éclaté avec ce ski. Et puis quand je suis repassé à Chamonix avant de partir en Suisse, j’ai pu obtenir une paire de nocta air 188 et là encore, c’est un super ski. J’adore les skis bien larges pour bien flotter.” Cette dernière étape helvète marquait la fin de son périple européano-asiatique de deux mois. Il est ensuite rentré deux semaines à Pemberton, puis a redécollé pour trois jours de tournage avec Sherpas Cinemas en Alaska,. S’en est suivie une épopée à moto dans le Yukon en compagnie du snowboarder Marc Carter et une équipe de tournage embarquée par The North Face.

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« C’était une idée du caméraman et photographe Rubin Krabee : fixer des portes-skis sur des bécanes et suivre les Rocheuses sur 350 km jusqu’à Calgary. On était donc tous les trois à moto tandis qu’un camion nous suivait. Et bon sang, ça a marché ! Ce fut une aventure incroyable. On partait directement depuis la route pour skier de superbes montagnes et on a eu la chance d’avoir de bonnes conditions de printemps. On a vécu des journée mémorables avec de superbes lignes. La partie la plus dangeureuse de ce périple restera les énormes bourrasques de vent qu’on a essuyé sur la route tandis que des semi-remorques géants nous doublaient. Ce fut une vraie belle aventure ».

Rentré chez lui, il a troqué le gros trail 650 Kawazaki utilisé pendant le voyage pour sa délicate 550 Suzuki de 1979 et a pu enfin poser ses sacs. Un peu de repos en attendant de revêtir sa tenue de coach et de chausser ses nouveaux venor 187 pour les Camps of Champions. Mais déjà, les projets pour cette saison ont commencé à lui trotter dans la tête. « L’hiver est ouvert. J’ai quelques idées sur une idée de fiction que j’aimerais réaliser. J’espère arriver à en écrire le script. Et puis je vais aussi essayer de faire tourner la motoneige pour réaliser quelques édits mensuels. J’ai un nouvel ordi qui arrive, alors il va falloir progresser au montage pour arriver à faire de belles choses avec la GoPro. J’ai envie de pouvoir réaliser des petits documentaires en solo. » Également photographe, Callum a aussi le goût de créer au-delà du ski. « J’emporte toujours mon appareil 35 mm pendant mes voyages. Il y a plein de sujets qui m’intéressent, l’architecture, les paysages, les gens, les textures… Tout ce qui m’attire l’œil. » Avant de raccrocher, espérant le voir bientôt à Chamonix pour partager quelques courbes et quelques discussions sur l’art et la photographie, on lui demande la question rituelle de ce que représente le ski pour lui.
La réponse n’attend pas, elle fuse : « La liberté. »

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Photos : Leo Hoorn – Jay Trusler – Jake Dyson – Mason Mashon

Sponsors : black crows, The North Face, Giro, Whistler/Blackcomb, Surefoot