Autobronzant.

Rien de tel qu’une bonne cure d’espace nu avant de se mettre à poil.

Quand les jours s’allongent et que les fleurs se renouvellent, Tom Grant, aspirant guide à Chamonix et skieur black crows, aime se promener sur les pentes abruptes du massif du Mont-Blanc avant de se mettre en short pour partir à la plage. Cette petite gymnastique pré-estivale sur des itinéraires effilés lui permet de respirer un bon coup et de faire le plein de vide avant de repositionner son horizon à l’horizontal et de voir la neige se transformer en eau. Voici un texte écrit par Tom sur sa fin de saison chamoniarde, quand le temps se prête aux pentes raides et aux apéros en tongs sur la place du village.

Tandis que l’oppression des grandes chaleurs diminue et que la neige entame sa descente des contreforts de granite qui surplombent Chamonix, mon esprit vogue vers les souvenirs de la saison passée… Chamonix a changé au cours de l’année écoulée. La scène ski a perdu une part de son insouciance. Tant de bons amis, des icônes qui étaient autant de sources d’inspirations, nous ont quittés. Cela me pèse et il est difficile de ne pas se sentir désabusé et amer. La saison touche à sa fin et voilà venue cette période de l’année tant attendue. Une fois de plus, je me retrouve sur des pentes abruptes au plus près des cimes. Et voilà que tout prend sens à nouveau.

Une courte fenêtre d’excellente neige de printemps m’a encore une fois attiré sur la face nord de l’aiguille du Midi. Bien qu’il s’agisse d’une des pires fins de saisons de ces dernières années, la neige se met tout à coup à coller aux bons endroits tandis que les températures restent basses. C’est le bon moment. Après une année d’exil en Écosse, je suis de retour chez moi, dans la vallée de Chamonix. Je n’ai pas skié la face nord du Midi depuis deux ans et je suis légèrement tendu. Trois autres skieurs expatriés me rejoignent dans cette aventure, Lorne Cameron, Rob Stokes et le photographe Ben Tibbets. Nous contemplons l’entrée de la face. Il y a beaucoup de neige fraîche. J’ai l’impression que c’est moi qui vais devoir ouvrir ce truc car personne ne semble s’y résoudre…

skis : corvus photo ben tibbetts

skis : corvus
photo ben tibbets

Oh, oui, c’est bon ici. La neige est proche de la perfection. Après de grandes courbes sur le haut de la face, la poudreuse compacte du couloir de sortie est sublime.

skis : corvus photo : ben tibbetts

skis : corvus
photo : ben tibbets

Skier une ligne en bonne neige sur la face nord de l’aiguille du Midi est pour moi comme une expérience mystique et laissera à tous ceux qui la vivent une impression indélébile.
C’est la fenêtre de la saison. Elle sera éphémère et il est donc temps de skier. Le goût de la bonne neige stimule notre désir de trouver de la poudreuse, mais nous sommes également affamés d’aventure.

En tant que skieurs, nous avons parfois envie de skier des lignes qui nous regardent dans les yeux. Celles qui paraissent si évidentes mais qui demeurent distantes et engagées. Je ferai ainsi souvent le voyage au sommet de l’aiguille du Midi pour scruter les Jorasses et la face ouest du Mont Mallet, curieux de savoir si les conditions y sont bonnes. Alors, quand mon vieux complice et coéquipier chez les crows Ross Hewitt, émet l’idée d’aller voir de plus près, je ne suis pas difficile à convaincre. Nous sommes rejoints dans cette aventure par le solide montagnard Andy Houseman.

skis : atris

skis : atris

Tandis que nous progressons vers le cours supérieur de l’austère glacier de Leschaux, nous ne savons pas trop à quoi nous attendre. Une pente mixte de 50-60 degrés se dresse devant nous, mais existe-t-il un passage pour y accéder ?

Il est moins dangereux de skier la ligne à vue, mais cela ajoute de l’incertitude à notre excursion. Finalement, le jeu paie et nous skions dans 30 cm de bonne poudreuse. C’est une ligne sauvage et engagée où les skieurs sont rares. Partager cette ligne avec de bons amis est le nec plus ultra du ski de montagne.

Avant la fermeture prématurée des Grands Montets, nous dirigeons nos regards vers une traversée classique que je scrute depuis un moment. Après avoir traversé le bassin d’Argentière, nous gravissons l’aiguille de l’Amone pour plonger du côté de sa très esthétique face nord avant de rejoindre le bucolique village de La Fouly en Suisse. Cette fois encore, Ross Hewitt et Ben Tibbets se joignent à moi dans cette aventure.

Crows on the march upwards. skis: navis freebird

Les crows en pleine ascension.
skis: navis freebird

Ben Tibbets skilfully captures the beauty of the exposed ridge. skis : navis freebird

Ben Tibbets saisi avec élégance la beauté de cette arête effilée.
skis : navis freebird

Hmmm I can feel some hard neve underneath, better ski fast here. skis : navis freebird

Hmmm, il y a sans doute de la glace là-dessous, mieux vaut mettre les gaz.
skis : navis freebird

À mesure que le printemps fait place à l’été, les conditions se dégradent. Il n’y a plus de poudreuse sur les faces nord. En compagnie de Ross et de notre ami Italien Enrico Mose, également membre de l’escadrille des crows, tignasse rouge et grand chasseur de pente, nous cherchons de nouvelles inspirations. Nous décidons de partir reconnaître la face de la Brenva au Mont-Blanc. J’ai déjà skié deux lignes dans ce secteur, mais l’attrait de sa beauté sauvage m’attire sans cesse. Le classique éperon de la Brenva est immaculé et constitue la pente la plus continue. Nous portons notre dévolu sur cet itinéraire iconique, plus sûr chemin pour gravir cette paroi légendaire.

Un départ avant l’aube est un impératif pour cette course.

Navis Freebirds take flight on the mighty Brenva

les navis freebird s’envolent sur l’imposante Brenva.

Tandis que nous remontons vers l’aiguille du Midi, l’écrasante chaleur du soleil de midi nous rappelle l’imminence de la fin de saison. Mon esprit vagabonde vers le souvenir d’amis disparus et d’aventures passées. Je pense à mon fils et à l’appel de la plage.